Publié par : mathbland | 2010/10/12

Matsushima 松島 “îles aux pins”

Notre dernier week-end passé en-dehors de la capitale nippone fut dans la région de Sendaï 仙台, ville d’1 million d’habitants située à 350km au nord de Tokyo. Avant de partir au fin fond de la forêt à l’ouest de la ville, nous nous dirigeons à l’est, sur la côte du Pacifique pour découvrir le site de Matsushima.

Ce lieu composé d’environ 260 îlots couverts de pins maritimes est considéré comme étant l’une des trois plus belles vues du Japon. La légende raconte que lorsque le poète Basho découvrit le site, les mots lui ont manqué pour exprimer tant de beauté et un haïku 俳句 est resté célèbre : “Ah ! Matsushima, Matsushima, ah !, Ah! Matsushima”. Plus facile à retenir que nos poésies n’est-ce pas ? Bon, il est temps de commencer la visite car certaines îles reliées à la côte par un pont renferment des temples et d’autres surprises.

Nous commençons par l’île Godaïdo. Le temple fondé en 807 a été reconstruit en 1604 par Date Masamune et l’intérieur n’est visible qu’une fois tous les 33 ans ! Ai-je besoin de préciser que nous ne sommes pas tombés ce jour-là ? Pour accéder à cette île, il faut franchir un pont à claires-voies c’est à dire un pont dont les planches sont espacées. Cela permet de voir l’eau sous nos pieds mais cela a surtout pour but de favoriser le recueillement du pélerin en augmentant sa force de concentration. Si celui-ci trébuche c’est qu’il n’est pas encore prêt pour arriver jusqu’à l’ïle.

Nous poursuivons par la plus grande des îles : Fukuurajima. Le pont qui relie l’île à la côte fait 252 mètres et nous amène à l’entrée d’un sentier qui permet d’admirer 300 variétés d’arbres et de plantes au cours de la promenade.

Après déjeuner, nous prenons de la hauteur en rejoignant le sommet de la colline Shintomiyama pour admirer la vue avant de visiter le quartier des temples bouddhiques.

Le Zuigan-ji d’abord, édifié en 828 et reconstruit en 1609 par Data Masamune est le plus célèbre temple zen du Tohoku. Le bâtiment principal était en travaux malheureusement mais en contre-partie, le Yôtokuin, le mausolée de la femme de Masamune était exceptionnellement ouvert. Ce mausolée aux murs laqués de noir et à la porte d’or est vraiment superbe.

Nous déambullons ensuite dans les jardins du Entsûin, le mausolée de Date Mitsumune, petit-fils de Masamune. Le jardin de pierres situé juste après avoir franchi la porte d’entrée du temple, représenterait la baie de Matsushima. Pourquoi pas ? Toujours est-il que décidemment les jardins secs, nous, ça nous plait ! Le reste du jardin est tout aussi agréable avec ses bambous, ses érables et sa roseraie.

Après cet intermède culturel, nous partons à la recherche d’un point de vue réputé nommé Ôgitani qui est censé offrir un panorama-éventail sur l’horizon. Une grosse demi-heure de marche le long d’une nationale (derrière une barrière de sécurité quand même!) et une traversée périlleuse de la voie pour cette vue !

Au retour nous faisons une pause photo à un second point de vue, le Sôkansan, avant de redescendre complètement au bord de l’océan et de découvrir l’île d’Oshima. Cette minuscule île est parsemée de figures bouddhiques sculptées à même la roche, de stèles où sont gravés des poèmes de Basho et de Sora et la stèle de Raïken (un moine qui a choisi cette île pour faire ses exercices d’ascèse et qui y est volontairement resté cloîtré pendant 22  ans… je ne sais que penser de tout ça ? Et vous ?).

Cette journée nous a bien fatiguée mais ce lieu est réellement magnifique et vaut le déplacement ! L’atmosphère qui règne ici est reposante et décontractée, tout ce dont nous avions besoin. Nous reprenons le train pour Sendaï où un bon resto et une bonne nuit nous sont promis et nécessaires pour être d’attaque le lendemain pour une journée dans les bois…

 

Publié par : mathbland | 2010/09/30

Echappée dans le Shikoku

Profitant des jours fériés d’Obon (l’équivalent de notre Toussaint) mi-août, nous avons découvert une infime partie de Shikoku, l’une des quatre îles principales du Japon. Nous sommes ainsi partis 3 jours pour la préfecture de Kagawa et avons rayonné autour de sa capitale Takamatsu.

Arrivés à Takamatsu (pins élevés), nous nous orientons directement vers le parc Ritsurin. Ce jardin typique de la période Edo est considéré comme étant l’un des plus beaux de l’archipel nippon. Il faut dire qu’avec ses treize montagnes miniatures qui se répandent entre lacs artificiels et vallonements, le tout au coeur d’arbres magnifiquement taillés et agrémentés de ponts vermillons, ce parc est réellement une beauté. De style kaïyu, ce qui signifie “promenade circulaire autour d’une pièce d’eau centrale”, ce lieu qui s’étend sur 75 ha et qui a nécessité un siècle de travaux (de 1625 à 1745) offre une ballade reposante et ressourçante.

L’autre site agréable de Takamatsu est le château Tamamo. Le bâtiment construit à la fin du 16ème siècle est de style Azuchi-Momoyama, c’est à dire bâti en bois, pierre et plâtre. Erigé face à la mer intérieure du Japon, ses digues sont alimentées en eau de mer. Victime successivement de l’agrandissement de la ville durant l’ère Meiji et de la seconde Guerre Mondiale, seules deux tourelles sur les vingt d’origine sont toujours debout.

Comme toute demeure royale qui se respecte, le château de Tamamo a un parc composé de différents jardins. L’on passe ainsi d’un jardin sec avec ses grosses pierres et ses lanternes, à un jardin de cerisiers puis à un jardin de pins. Le tout encerclant une demeure seigneuriale devenue bureau gouvernemental où l’on peut se reposer en buvant une tasse de thé vert.

Comme en France, chaque région au Japon a ses spécialités culinaires. Il n’est donc pas question de visiter un coin sans goûter aux mets locaux, mets qui à Takamatsu sont les sanuki udon. Ces nouilles de blé épaisses portent le nom de sanuki qui est en fait l’ancien nom de la préfecture de Kagawa et se consomment chaudes (kama-age ou kake udon) ou froides (zaru udon). Un plat simple mais très bon comme toujours !

Le lendemain nous partons pour la ville de Kotohira située à 35km au sud-ouest de Takamatsu. Cette bourgade renferme l’un des principaux sites de pélerinage shintoïstes du Japon. Ce sanctuaire dédié aux marins et aux pêcheurs est communément appellé Konpira-san et attire chaque année quelques 4 millions de visiteurs ! 785 marches à gravir pour atteindre le sanctuaire principal (Kompira-gu) où la plupart des pélerins s’arrêtent, nous décidons d’aller au bout du chemin et de voir ce qui se cache en haut des 583 marches restantes. C’est donc 1368 marches qu’il nous a fallut gravir sous une chaleur de plomb pour atteindre le sommet du mont Zozu et le petit temple déserté d’Oku-sha. Après une courte pause nous redescendons toutes ces marches pour déguster une fois de plus des udons.

Le pélerinage complet consiste à marcher sur les traces du moine Kukai (fondateur de l’école bouddhique du Shingon) c’est à dire à visiter les 88 temples shinto de l’île de Shikoku pour se laver des 88 désirs impurs définis par la doctrine bouddhiste. Nous nous sommes lavés d’un désir impur, c’est déjà ça ! En même temps sommes-nos bouddhistes ???

Avant de partir nous visitons le plus vieux théâtre kabuki du Japon. Construit en 1835, nous déambullons dans les coulisses, nous découvrons les secrets des dessous de la scène avant de nous installer au premier balcon pour nous imprégner de l’atmosphère particulière des lieux. C’est beau, c’est calme et c’est gratuit !

Publié par : mathbland | 2010/09/22

itadakimasu いただきます -9

Me voilà de retour avec dans mon escarcelle trois nouvelles aventures culinaires à vous offrir. Soyez concentrés car les trois recettes qui vont suivre sont toutes délicieuses !

J’ouvre les festivités avec des tataki-kyuri c’est à dire des concombres concassés. Après avoir lavé votre concombre et l’avoir frotté avec du gros sel (pour enlever l’amertume de la peau et les petits grains à la surface), écrasez-le avec un rouleau et coupez-le en trois dans sa longueur. Ecartez un peu l’intérieur pour que le concombre s’imprègne bien du jus dans lequel il va tremper. Pour faire le jus, il faut mélanger de la soupe de soba (ou mentsuyu) avec de l’huile de sésame et du gingembre râpé. Les proportions sont à votre discrétion. Une fois ces deux étapes réalisées, vous n’avez plus qu’à laisser macérer le concombre dans le jus pendant une heure au réfrigérateur. Vous avez là une entrée ultra simple et rapide qui ravira même les réticents au gingembre (groupe de personnes auquel j’appartiens bien souvent), c’est pas beau ça ?

La recette qui suit est certainement plus délicate à réaliser en France mais je ne pouvais pas ne pas en parler tant nous nous sommes régalés avec. Des feuilles de tofu à la saveur de miso, rien que le nom, on en a l’eau à la bouche ! Ce plat consiste en des tranches de tofu frit tartinées d’une pâte tout à fait exquise. La garniture se prépare comme suit : une cuillère à soupe de miso, une cuillère à soupe de mirin, du gingembre, de la ciboulette et une feuille de shiso hachés et une demi-cuillère à café de yuzu-kosho (pâte de poivron vert et de citron vert). Une fois la pâte prête, on l’étale à l’intérieur du tofu (ça fait comme un sandwich en triangle) et on poêle le tout pour que cela croustille ! Lorsque les feuilles de tofu sont bien dorées, il ne reste plus qu’à les déguster. Ici nous les avons servies avec du navet (daïcon) râpé arrosé de mentsuyu, pas mal du tout mais attention, le navet que l’on trouve au Japon n’a rien à voir avec celui que l’on consomme en France !

Le dessert enfin s’appelle “shiratama dango” et est comme souvent, à base de mochi et d’anko (non je ne rappellerai pas ce que sont ces ingrédients, il faut suivre). Il faut donc mélanger la pâte de mochi avec de l’eau jusqu’à obtenir une texture proche de la pâte à modeler. D’un autre côté on fait des boulettes avec le anko et on les enveloppe dans les boules de pâtes. C’est comme les poupées gigognes mais avec des sphères comestibles donc c’est encore mieux ! Bref, lorsque l’on a fait ses billes, on les place dans l’eau bouillante jusqu’à ce qu’elles remontent toutes seules comme par magie à la surface puis on les installe confortablement (ou pas) au réfrigérateur. Au moment fatidique, on sert ces billes plongées dans du jus de yuzu, un citron japonais, et comme bien souvent on se régale !

Publié par : mathbland | 2010/09/14

Séoul

En juillet au commencement de la canicule tokyoïte, nous sommes allés rendre visite à nos voisins coréens (du sud!). La proximité géographique et la supériorité du yen sur le won aidant, ce type de voyage Tokyo-Séoul est commun ici pour qui veut un peu d’exotisme (relatif) à peu de frais (oui ça aussi c’est relatif).
Bref, nous voilà arrivés en 2h dans la capitale du pays des Hans pour un programme touristique à l’originalité exemplaire : des visites et de la bouffe :-)

En arrivant sur le sol continental, nous espérons trouver un climat plus agréable qu’à Tokyo. Perdu ! C’est le même climat chaud et humide qui nous attend, mais sans air. Qu’à cela ne tienne, nous partons quand même visiter les grands palais de la capitale coréenne.
Nous commençons par le
Changdeokgung, aussi connu sous le nom Donggwol – le palais de l’est (c’est wikipedia qui le dit). Demeure favorite de la majorité des princes de la dynastie Joseon, le palais fut construit à l’issue d’un conflit opposant princes et vassaux à l’aube du XIVe siècle… Je rappelle ces détails triviaux au cas où certains d’entre vous aient oublié les bases de l’histoire de la Corée médiévale (nul n’est parfait). Ce palais, ainsi que le Changgyeong que nous visitons dans la foulée, nous donne un bon aperçu de la Corée traditionnelle. Les différences architecturales avec les édifices nippons sautent au yeux : espaces immenses entres les bâtiments, constructions majoritairement en pierre, boiseries aux peintures bariolées…






Bref tout ceci est très intéressant, mais nous crevons de chaud et sommes donc pressés en fin d’après midi de trouver notre chambre d’hôtes typique, qui se révélera presque aussi splendide que les bâtiments ancestraux visités avant.

Une douche plus tard, nous repartons à l’assaut de la ville pour Insadong, quartier des arts antiques et modernes. La rue principale ainsi que la multitude de venelles qui en partent, présentent la plus grande concentration de galleries d’art et de boutiques d’antiquités (pas toujours très antiques et souvent made in china, non je blague). Manque de bol pour les marchands locaux, nos pas à ce moment là sont guidés par nos estomacs. Nous nous rendons donc sans tarder dans un restaurant coréen conseillé plus tôt par notre hôte locale (sympathique demoiselle qui a vécu longtemps à Tokyo et en plus près de Shibuya, comme quoi le monde est petit, et cette parenthèse beaucoup trop longue).
Après quelques minutes d’attente, le graal de la cuisine coréenne se présente à nous: le kalbi. Ce plat est simplement constitué de côtes de boeuf (délicieuses !) préalablement marinées puis grillées sur des charbons de bois. Oui les choses simples donnent une grande satisfaction après une longue période de disette :-) Ce plat principal est accompagné par des banchan : nombreux petits plats de légumes, fruits de mer… tous plus épicés les uns que les autres, et servis à volonté.. un classique de la cuisine coréenne.
En résumé, pas de chien pour notre premier repas coréen en Corée, mais néanmoins une expérience gustative mémorable.


Le lendemain nous visitons le grand palais Gyeongbokgung, situé à quelques minutes à pied de notre guesthouse. Datant de la dinastie Chosun, quand la capitale fut déplacée à Séoul au XIVe siècle, le Gyeongbok est resté la principale demeure des monarques coréens au cours de l’histoire. Détruit lors de l’invasion japonaise puis reconstruit au XIXe, le palais rénové a retrouvé sa “grandeur originelle”, dixit les dépliants distribués à l’entrée. Je ne sais pas si ces informations touristiques sont d’une objectivité historique, mais encore une fois ces édifices sont grandioses, et les espaces démesurés (le prix du m² devait être attractif en 1395).


La journée se poursuit par les visites du temple confucéen Jongmyo - principal édifice religieux durant la dynastie Joseon, puis d’un temple mineur : le Deoksugung, aussi connu sous le nom Gyeongun-gung, qui fut à l’origine la résidence du prince Wolsan, frère ainé du roi Seongjong ce dernier, neuvième roi de la dynastie Joseon, ayant régné au XVem siècle… à noter si jamais vous croiser un coréen et que vous voulez l’impressionner.

Le week-end se termine en beauté autour d’un repas, composé cette fois de kimchi jeon qui est en fait une sorte d’okonomiyaki coréen pour ceux qui connaissent ;-) En un mot : délicieux !

Publié par : mathbland | 2010/08/30

Le tube de l’été

Comme chaque année, le tube de l’été est attribué aux semi 蝉. Les semi sont les cigales du Japon qui avec les grosses chaleurs donnent de la voix ! Enfin… des cymbales ! Nous avions beau être habitués aux cigales de Montpellier, les japonaises ont un chant nettement moins charmant et bien plus assourdissant. L’été il n’y a pas un arbre qui ne soit pas envahi par ces grosses bestioles noires que seule la pluie arrive à faire taire. Rien que pour avoir un peu de répit, j’aurais aimé qu’il pleuve de temps en temps… pas une goutte d’eau depuis fin juin !
Les symboles de l’été japonais sont donc les superbres feux d’artifice (
hanabi), les fêtes de quartiers (matsuri) et les semi. Si les deux premiers emblèmes sont sympathiques, il est temps en revanche que le vacarme incessant du troisième cesse! Je m’arrête là pour les présentations et vous laisse apprécier ce chant mélodieux.

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