Publié par : mathbland | 2009/12/15

Un week-end à Kyoto -3

Dernière journée dans l’ancienne capitale, il nous reste beaucoup de choses à voir alors on ne perd pas de temps et l’on commence par la visite du Kiyomizu-dera (temple de l’eau pure).

Ce temple construit en 798 est dédié à la déesse Kannon aux onze têtes. Il est bâtit sur 139 pilotis sur le versant d’une colline boisée et offre une magnifique vue de la ville. “Se jeter du Kiyomizu” est une expression japonaise qui est l’équivalent de notre “se jeter à l’eau” et ce dicton prend tout son sens lorsque l’on s’approche de la balustrade. De même, la légende dit que si une personne survit à un saut depuis la terrasse alors tous ses voeux seront exaucés. Je veux bien le croire mais vu la hauteur de la chute, je ne suis pas certaine qu’il y ait déjà eu des rescapés ! Mathieu et moi avons choisi la sécurité et donc le chemin pour rejoindre la source sacrée et nous purifier. Je ne sais pas si nos corps et nos esprits sont ressortis purs de cette promenade mais ce qui est sûr c’est que ce lieu est splendide, surtout au petit matin quand la majeure partie des touristes dort encore !

Mathieu étant du style “j’aime visiter des temples mais point trop n’en faut”, nous sommes partis nous promener en forêt. Dommage me direz-vous avec tout ce qu’il y a à voir à Kyoto ! Certes mais dans ce bois il y a le sanctuaire shinto consacré à Inari (déesse de la Prospérité et du Riz) le plus populaire du Japon ! Ce lieu fondé au 8ème siècle tient son originalité de ses milliers de torii rouges qui encadrent le sentier grimpant la colline sur une distance de près de 4 km ! Cette succession de torii forme des tunnels sacrés et l’atmosphère qui règne en ces lieux est mystique, un site idéal pour un film qui jouerait avec nos nerfs.

De retour au pied de la colline, nous reprenons le bus pour rejoindre la ville et le temple d’argent. En hommage à son grand-père qui avait construit le pavillon d’Or, Yoshimasa voulait faire couvrir son temple d’argent, mais ruiné par la guerre d’Onin, il ne put jamais réaliser son projet. Comme quoi déjà à l’époque c’était mieux avant ! Le Ginkaku-ji n’a donc d’argent que son nom, mais son jardin est superbe. La première partie, le jardin sec est formé de deux cônes de sable blanc représentant les montagnes dressées sur la mer. Vient ensuite le jardin humide avec la mousse, les pins et les rochers. Ce temple modeste au coeur d’un environnement fabuleux illustre bien les concepts japonais du wabi-sabi : la beauté sereine et mélancolique des choses imparfaites et dépouillées.

Nous reprenons le bus en direction du Sanjusangen-do mais après 1h passée dans des bouchons nous n’avons plus le choix, il faut se rendre directement à la gare si l’on ne veut pas rater le shinkansen. Oui mais voilà le bus n’avance pas d’un pouce ! Trente minutes de plus et nous arrivons à la gare, le temps d’une course toute en slalom (oui pour éviter de percuter les gens) pour récupérer la valise et rejoindre le quai. Ces trois jours marathon se terminent donc par un sprint puis par un repos bien mérité dans le train. C’est sûr nous retournerons à Kyoto et cette fois nous commencerons notre périple par le Sanjusangen-do !

Publié par : mathbland | 2009/12/08

Un week-end à Kyoto -2

Il était 7h15 quand le réveil sonna. Pas le temps de traîner car nous prenions le train pour Nara, une charmante petite ville (370 000 âmes) qui se cache à 40 km au sud de Kyoto au coeur de collines boisées. La plupart des trésors de Nara se situe dans un parc de 600 ha où plus d’un millier de biches et de daims vivent en liberté car ils sont considérés comme les messagers des divinités shintoïstes. C’est donc dans une ambiance calme et champêtre que nous avons passé ce dimanche.

La journée débute par le Todaiji. Ce temple inclut le plus grand édifice en bois au monde (57 mètres de long sur 49 mètres de haut) qui lui-même abrite le plus grand bouddha en bronze du Japon (15 mètres assis, 30 mètres avec la fleur de lotus). Ce temple bouddhique est le lieu de culte par excellence pour la prospérité des japonais et pour la paix dans l’archipel. Ceci explique en partie les trois millions de visiteurs par an !


Nous restons dans le parc pour découvrir le plus important sanctuaire shinto de Nara fondé en 768. Le Kasuga Taisha est célèbre pour ses 3000 lanternes de pierre ou de bronze qui se succèdent le long de l’allée principale. Les femmes enceintes quant à elles viennent jusqu’ici pour que l’arbre Nanairo no Yadorigi (résultat de 7 types de graines différentes) leur apporte protection et chance. Il ne faut pas sous-estimer la force de la nature !

L’excursion se poursuit maintenant en ville, dans le vieux quartier populaire. Nous visitons une vieille machiya, ces habitations traditionnelles en bois très étroites mais très profondes. Ces bâtisses ont des formes allongées car auparavant les taxes foncières étaient calculées en fonction de la largeur de la façade. La partie la plus agréable de la maison est son jardin intérieur, un long corridor qui fait le pont entre l’habitat principal et une pièce d’entreposage à l’arrière.

Nous errons voire nous égarons dans les ruelles étroites de Naramachi quelques instants avant de trouver le temple suivant de notre programme. Il n’est pas chose aisée de se repérer dans des rues sans nom ni numéro ! Le Gangoji, premier temple bouddhique du Japon est petit et modeste. Le pavillon principal est construit sur des colonnes de bois. Rien d’extraordinaire mais un petit cimetière de statues et de stèles au fond du jardin charmant.

Après avoir rechargé les batteries en mangeant de délicieux okonomiyakis, nous sortons les parapluies et terminons cette journée avec le Kofukuji. Ce temple de la “félicité prospère” s’étendait en 710 sur près de 12000 mètres carrés et comptait 175 bâtiments mais les guerres et les incendies l’ont considérablement réduit. Aujourd’hui demeurent la pagode à cinq étages (la seconde plus haute du Japon), le Tonko-do (pavillon d’or oriental), le Koku-hokan (salle du trésor), la pagode à trois étages et le Nanen-do (pavillon octogonal).  Comme les marionnettes de la comptine, nous n’avons sur ce site fait que trois petits tours avant de nous en aller.

17h, nous sommes de retour à Kyoto. Un café, une douche et nous voici ressortis pour contempler les illuminations du temple Kiyomizu-dera. Il y a beaucoup trop monde pour ces petites ruelles donc nous nous réfugions dans les boutiques souvenirs… spécialisées dans les mochi (pâtes de riz ici aromatisées et sucrées), un régal ! Mais la spécialité culinaire de Kyoto étant le tofu, nous arrêtons notre goinfrage dégustation de mochi pour aller manger dans un restaurant de tofu… là encore ce fut délicieux.

Le ventre au bord de l’explosion, fatigués de ces deux premiers jours, nous rentrons tranquillement à l’hôtel car le lendemain nous attend une dernière journée marathon…

Publié par : mathbland | 2009/11/29

Un week-end à Kyoto -1

Après un an passé au Japon, nous avons enfin profité d’un long week-end pour visiter l’ancienne capitale nippone. Sixième ville du Japon avec 1,5 millions d’habitants, Kyoto possède un patrimoine culturel et artistique sans équivalent dans les autres villes de l’Archipel. Cité des bonzes, des temples, des jardins, des geishas, des arts et de la gastronomie, Kyoto est tout simplement superbe.

Nous commençons notre visite par Le Kinkaku-ji alias le Pavillon d’Or. Construit en 1397 pour le shogun Ashikaga Yoshimitsu, un jeune moine suicidaire n’a rien trouvé de mieux que d’y mettre le feu en 1950 ! Ce pavillon a donc été rebâtit à l’identique et entièrement recouvert de feuilles d’or. Surmonté d’un phénix, ce temple est absolument splendide.

La découverte de la ville se poursuit avec l’exploration du Ryoan-ji (temple du repos du dragon). Fondé en 1450 ce temple est réputé pour son jardin sec, un rectangle de graviers de 10 mètres de large et de 25 mètres de long, fermé sur 3 côtés par un mur en terre où sont disposées 15 pierres. Dans ce jardin, le gravier peigné quotidiennement par les moines représente les remous des rivières et les vagues des océans, les pierres quant à elles symbolisent les continents et les îles du monde. A première vue rien d’extraordinaire et pourtant… à force de contempler ce jardin la “zen attitude” s’empare de vous, incroyable !

C’est donc l’esprit léger que nous nous dirigeons vers le plus vieux temple de Kyoto, le Koryu-ji construit en 603 en l’honneur du prince Shotoku. La pièce principale de ce lieu est une statue du Miroku Bosatsu (le Bouddha du futur) datant du 7ème siècle. Son sourire rempli de douceur et de mystère en font l’un des trésors nationaux les plus précieux du pays.

Non loin de là se dresse depuis 1603 le château de Nijo. A l’abri derrière la forteresse se succèdent divers bâtiments, cours et jardins. Au coeur de cet ensemble, le palais Ninomaru avec ses 33 pièces en enfilade est fabuleux. Fidèlement à l’architecture traditionnelle japonaise, les portes coulissent et sont quadrillées de bois et de papier de riz, les cloisons sont peintes (tigres, cerisiers en fleurs, faucons, paons, bambous et autres font de splendides décorations) et le sol des pièces est recouvert de tatamis. Oui mais dans cette demeure, le plancher des couloirs extérieurs émet des sons pareils aux chants des rossignols afin de trahir la présence d’intrus. Ce système est tellement efficace que rien que de faire le tour de la maison (3300 m2 quand même) on est saoulé par ces grincements ! Rien de tel qu’une petite promenade dans les jardins pour retrouver sa sérénité.

Notre journée de visite s’achève avec le To-ji. Alors que le premier pavillon, le Kondo, abrite la triade du Yakushi Nyorai (Bouddha médecin encadré par ses serviteurs), le Kodo lui renferme 21 statues de bois formant un mandala ésotérique où trône en son centre le Bouddha cosmique, Dainichi Nyorai. Malgré ces trésors, c’est à sa pagode à cinq étages que le temple doit sa réputation. Ici se dresse en effet la pagode la plus haute du Japon (57 mètres).

16h30, la nuit commence à tomber, les temples ferment leurs portes, il est temps pour nous de retourner à notre pension pour nous préparer à arpenter le célèbre quartier de Gion. Ce lieu illustre de plaisirs et de spectacles a gardé de sa superbe en échappant aux appels des promoteurs immobiliers et autres amoureux du progrès. Flâner le long des rues dallées, au fil d’un canal où l’on aperçoit derrière les saules d’antiques ochaya (maisons de thé où officient les geishas) et de fabuleuses machiya (maisons de bois) est très romantique… En-dehors de ce petit périmètre, le quartier de Gion ressemble davantage à celui de Tokyo (le Kabukicho), nettement plus clinquant et obscène.

A suivre …

Publié par : mathbland | 2009/11/19

Lotus et patate douce

Amis de la bonne chère nous allons aujourd’hui parler “ripaille” et autre joyeuseté gastronomique.

Commençons par un postulat laconique : le japonais aime la bouffe. Cette proposition, certes non triviale pour le quidam profane de la culture nippone, relève pourtant du truisme éhonté. Et oui ! Aussi surprenant que cela puisse paraître les français que nous sommes n’ont pas le monopole de la boustifaille. D’ailleurs les gaulois du guide Michelin, bons joueurs, ont récemment reconnu cet état de fait (*).
D’autres indicateurs vont dans ce sens : la bouffe occupe en effet une place prédominante dans la production télévisuelle nippone ; il ne se passe pas un déjeuner avec mes collègues japonais sans qu’un sujet lié de près ou de loin à la cuisine ne soit abordé…

Donc vous l’aurez compris, pour parler cuisine et pour déguster des plats succulents au Japon, il n’y a pas de problème ! Par contre dès qu’il s’agit de savoir comment faire et apprendre la cuisine japonaise, y’a plus personne… A part “les anciens” attachés aux traditions et les passionnés de cuisine désireux de transmettre leur savoir culinaire malheureusement peu présents dans notre cercle de connaissances (on se demande pourquoi), nous ne savions vers qui nous tourner.
C’est à ce moment que lAssociation des Français du Japon a eu la brillante idée de mettre en place des “rencontres culinaires” animées par une chef japonaise qui plus est parlant français. Là, tel Valérie Lemercier dans La cité de la peur, nous avons dit BANCO.

Admirez la position équivoque de nos amies japonaises du 1er rang

Samedi dernier donc, nous sommes allés apprendre un peu de cuisine japonaise en compagnie de quelques compatriotes et quelques japonaises francophiles – oui le mâle japonais ne cuisine pas : il n’a pas le temps vu qu’il travaille, alors que la femme a le temps vu qu’elle est au foyer ou qu’elle a été licencié involontairement démissionné après sa grossesse – CQFD. Trêve de digression, revenons à nos moutons ou plutôt à nos poulets hachés comme nous allons le voir.
Au cours de cette atelier/rencontre nous avons eu l’occasion de pratiquer trois recettes dont je vous livre ici les ingrédients, dans le but mesquin mais avoué de vous mettre l’eau à la bouche sans vous indiquer la recette précise, hahaha

  • Salsifis piquant à la sauce soja : salsifis japonais (gobô – 牛蒡), carotte (ninjin – 人参), piment rouge (tôgarashi – 唐辛子) et assaisonnement (qui fait toute la différence).
  • Tempura de lotus farci : rhizome de lotus (renkon – 蓮根), poulet haché (tori no hikiniku – 鶏の挽肉), jaune d’oeuf (kimi – 黄身), poireau japonais (negi – 葱) et assaisonnement.
  • Patate douce au caramel : des patates douces (satsumaimo – 薩摩芋), de l’huile à friture et du sucre (satô – 砂糖)

Après la préparation la dégustation s’est imposée, accompagnée de saké et/ou d’alcool de prune (à consommer avec modération bien sûr). Cette fin d’après-midi passée en sympathique compagnie a été très agréable et enrichissante, au point que nous renouvellerons l’expérience le mois prochain pour un repas spécial “fête du nouvel an” :  sushi, maki et mochi. Tout un programme…


(*)“Tokyo devient la capitale mondiale des 3 étoiles Michelin devant Paris”
NB : site de la prof’ d’où est extraite la photo de groupe : http://fcst.exblog.jp/

Publié par : mathbland | 2009/11/10

Petit tour au marché aux poissons de Tsukiji

Samedi matin, 5h40 : réveil difficile mais adouci par le ciel bleu entre-aperçu derrière les rideaux (si si, le soleil est déjà levé à cette heure-ci chez nous), la journée s’annonce longue mais savoureuse…

6h30 : départ de l’appartement pour finir la nuit dans le métro.

7h30 : arrivée au marché.

Le marché aux poissons de Tsukiji et le plus grand marché de gros du monde pour les poissons et les fruits de mer alors forcément c’est immense, bondé et bruyant. Le marché en quelques chiffres, c’est quotidiennement 450 variétés de poissons, 2500 tonnes de produits de la mer, 1500 commerçants, 52000 personnes qui arpentent les allées étroites et 32000 véhiculent qui circulent à toute vitesse. Sacrée ambiance !

L’activité du marché commence bien sûr par la criée vers 5h30 mais celle-ci est fermée au public (ouf, dans le cas contraire il aurait fallu se lever vraiment très tôt), la faute à tous ces touristes qui prennent trop de photos, touchent les thons et gênent le bon déroulement des enchères parait-il. Maudits étrangers !

La criée n’est certes pas accessible, mais c’est avec l’espoir de voir les énormes thons et pour nous offrir un succulent petit déjeuner de sushis ultra frais que nous nous sommes rendus au marché. Nous n’avons pas été déçus.

D’autres surprises nous attendaient sur les étals, comme ces moules d’un calibre hors normes ou ces mollusques étranges (si vous savez de quoi il s’agit, n’hésitez pas à nous renseigner). Courageux mais pas téméraires, nous n’avons pas encore osé essayer les intestins de poissons… L’ouverture sur la culture de notre Terre d’accueil, d’accord mais il y a une limite à tout.


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